Pourquoi je boycotte le dispositif MonSoutienPsy?

Soucieuse de proposer une prise en charge de qualité aux patients que j’accueille dans mon cabinet, dans le respect du code de déontologie de mon métier, je ne suis pas en accord avec le dispositif « MonSoutienPsy » tel que présenté actuellement et c’est pour cette raison que je ne suis pas conventionnée.

Je pense, comme la plupart des psychologues, que ce dispositif est problématique, et ce pour plusieurs raisons :

  • Ce dispositif nous pose problème concernant le patient, pour lequel les clauses d’exclusion en deviennent discriminatoires. Les 12 séances réalisées valent pour une année civile, ce qui demeure largement insuffisant quand on sait que la fréquence habituelle des séances de psychothérapie est d’une séance toutes les deux semaines. S’il souhaite renouveler l’année suivante, le patient devra attendre une « concertation » entre son médecin traitant et son psychologue, ou bien passer directement par son médecin traitant. Faire la démarche de rencontrer un psychologue n’est déjà pas évidente et elle n’est clairement pas facilitée par ce dispositif. Cela peut être très compliqué si le médecin traitant et le psychologue ne parviennent pas à s’entendre ou même à se joindre facilement. Dans la pratique, et selon les médecins, cela peut être particulièrement compliqué. De plus, Le médecin généraliste n’est pas un spécialiste de la santé mentale. Enfin, nous considérons que le soin psychologique ne peut se programmer ainsi et la souffrance psychique être simplifiée, réduite à des cases qu’on coche ;

  • Ce dispositif est également injuste vis-à-vis des services hospitaliers existants, qui manquent déjà cruellement de moyens et qui se voient dépossédés de moyens financiers pourtant plus que nécessaires aujourd’hui. Nous pensons que l’enveloppe MonSoutienPsy qui finance ce remboursement pourrait être allouée à la restauration des institutions publiques qui proposaient, quand elles fonctionnaient encore correctement, une prise en charge complète et pluridisciplinaire pour tous, et notamment les plus précaires. L’hôpital public et la pluridisciplinarité qu’il permet ne doit pas être abandonné au profit des psychologues en libéral, ce ne sont pas les mêmes prises en charges !

  • Ce dispositif est également irrespectueux des psychologues, qui n’ont pas du tout été consultés ni entendus dans la construction de ce projet de remboursement. De plus, en excluant de nos compétences les troubles sévères, ce dispositif nous disqualifie.

  • Ce dispositif cherche à simplifier, à standardiser, à orienter la pratique du psychologue. Nous défendons la pluralité des approches et des sensibilités, c’est ce qui fait la richesse de notre métier, garantie la qualité de notre travail et permet à chacun de trouver le thérapeute qui lui correspond.